Vie de Madeleine Delbrêl

Madeleine Delbrêl est née en 1904. Son père est cheminot, de ce fait sa famille déménage souvent. Elle rencontre, à Châteauroux et à Montluçon, des prêtres qui éveillent en elle une foi simple et profonde, la préparant à sa première communion qu'elle fait à douze ans avec une grande ferveur.

 

En 1916, son père est nommé à Paris. Madeleine est alors plongée dans un milieu intellectuel et athée. Elle écrit des poèmes, s'intéresse aux arts, à la peinture, à la musique :

"Si des gens exceptionnels m'avaient donné, de 7 à 12 ans, l'enseignement de la foi, d'autres gens non moins exceptionnels me donnèrent ensuite une formation contradictoire; à quinze ans, j'étais strictement athée et je trouvais le monde absurde".

 

Fiancée à 19 ans, elle apparaît épanouie de joie, mais s'interroge sans cesse sur le sens de sa vie : "J'aurais donné tout l'univers pour savoir ce que j'y faisais". Son fiancé la quitte pour devenir dominicain. Cette rupture la marque profondément.

 

Elle s'interroge alors sur Dieu. Dans les mois qui suivent, Madeleine rencontre des étudiants chrétiens, qui "parlaient de tout mais aussi de Dieu qui paraissait leur être indispensable comme l'air".

Elle se met à réfléchir, tout en rencontrant des "chrétiens qui vivaient la même vie que moi, discutaient autant que moi, dansaient autant que moi".

 

Madeleine a 20 ans. Après sa longue errance, elle découvre Dieu, un peu plus tard le Christ. Elle devra cette nouvelle étape à un Fils de la Charité, le Père Lorenzo qui l'a "enracinée dans la terre d'un évangile simple". Le Père Lorenzo propose à Madeleine de devenir cheftaine de louveteaux :

"Je me suis décidée à m'engager dans le scoutisme, mouvement en général assez mal connu et qui est une promesse de redressement moral et spirituel sur les générations qui viennent. Mais, pour être «cheftaine» ou «sous-cheftaine», ce que je serai, c'est-à-dire chef des plus petits scouts, il faut passer par toute une initiation, intellectuelle, pratique et aussi physique. Je fais exercice sur exercice, je rampe, saute, chante, etc... autant de sports qui m'étaient assez peu familiers comme tu dois le croire". (Lettre à Louise Salonne, 23 décembre 1926).

 

Tout en trouvant un vrai bonheur dans le scoutisme, elle souhaite travailler avec Dieu « dans le monde ». C'est le premier signe de son engagement de laïque dans la vie ordinaire.

Avec le Père Lorenzo, Madeleine visite les malades, fait les courses des vieillards, organise des fêtes paroissiales. Elle constitue un groupe baptisé « la Charité ». Ce mot ne la quittera plus. Elle s'inscrit à l'Ecole pratique de service social. Elle sortira major de promotion, passionnée par le travail social. Il y a une manière chrétienne d'habiter le monde. La lecture de l'évangile la transforme profondément. "Aller plus loin ?".

 

Madeleine Delbrêl

 

Avec quelques amies de "la Charité", elle commence à rêver d'une petite communauté. Elles s'installeraient dans un quartier ; elles vivraient l'évangile au milieu des gens "comme des simples voisines ", tout en exerçant une profession. Elles seraient, écrit-elle, comme "un fil dans la robe" de l'Eglise.

"Nous désirions vivre, autant que nos situations le permettaient, une vie d'Evangile. Nous désirions continuer la charité de l'Evangile selon son mode le plus simple, soigner, consoler, aider, visiter, vêtir, matériellement et surnaturellement".

 

Le 15 octobre 1933, en la fête de Sainte Thérèse d'Avila, trois d'entre elles prennent l'autobus pour s'en aller en terre de mission : Ivry-sur-Seine, à quelques kms de là. Elles partent "pour témoigner de la charité de Jésus qui n'a pas l'intention de s'arrêter en route "...

 

Madeleine a 29 ans. Le Christ a pris corps dans sa vie. Un jour nouveau commence : c'est un nouveau Noël...

Elle découvre la misère et l'injustice. C'est l'heure du coude à coude pour servirl'Homme, image de Dieu. On la retrouve sur tous les fronts contre la pauvreté et l'injustice.

 

Au fil des ans, les équipes de Madeleine se développent. Elles dessinent un chemin où l'intériorité et l'engagement se conjuguent. Dans l'ordinaire des jours, la prière et l'action s'appellent et se fécondent.

En 1942, Madeleine écrit : "Nous sommes de vraies laïques, n'ayant pas d'autres vœux que les promesses de notre baptême. Un groupe féminin, laïc, quoique chacune de nous soit donnée entièrement au Christ pour essayer de le vivre et d'être avec lui au milieu de ceux qui ne le connaissent pas". Et d'ajouter : "Par le seul fait de sa naissance, tout homme devient le frère de tous les autres hommes ; lorsque, par nos actes, nous nions être son frère, nous nions à la fois et ce que Dieu a créé et ce que nous sommes".

 

Le 13 octobre 1964, Madeleine Delbrêl meurt à sa table de travail, en écrivant. Elle allait avoir soixante ans.

 

Son procès de béatification est en cours.